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La maladie chronique nécessite des apprentissages de la part du patient et des soignants.
Pour le patient, il s'agit, comme nous le dit Stéphane
Jacquemet, d'apprendre «à vivre au quotidien avec une
maladie chronique». Il s'agit aussi de «se reconstruire
une intégrité physique, psychologique et sociale dans
laquelle la maladie a sa place, de relever le défi de la vie
malgré la maladie».
Trouver un sens à sa maladie, comprendre ce qui lui arrive
et l'intérêt qu'il a à suivre le traitement,
être capable de résoudre les problèmes quotidiens,
avoir la possibilité d'adapter le traitement en fonction des
symptômes, se sentir soutenu par son entourage, devenir acteur
de ses apprentissages, ... autant d'aspects concourant à une
qualité de vie optimale pour le patient.
En corollaire, le soignant doit apprendre «à renoncer
à la guérison face à sa mission de soins».
Mais, par ailleurs, cette mission s'enrichit d'une dimension
éducative, c'est-à-dire d'aide de la personne dans son
processus d'apprentissage et de reconstruction de son intégrité.
Les auteurs de ce dossier sont unanimes : il ne s'agit pas
uniquement de transmettre des savoirs; il s'agit surtout d'utiliser
des stratégies pédagogiques qui vont permettre
à la personne de construire de nouveaux savoirs, à
partir de ses propres connaissances, de son expérience et
de celles des autres, patients et soignants.
Dans cette approche, les stratégies d'enseignement
actives et interactives sont privilégiées. Parmi
celles-ci, la démarche de résolution de
problèmes, c'est-à-dire l'apprentissage à
partir de mises en situation et d'études de cas, occupe une
place non négligeable. Elle rend l'éducation proche
des situations de la vie quotidienne. Christophe Uldry l'utilise
avec des patients asthmatiques, Sylvie Vandal et al. avec des
adolescentes présentant une scoliose idiopathique.
Patients et soignants deviennent partenaires dans la gestion de
la maladie. Pour le soignant, ce partenariat nécessite une
formation continue afin de «maîtriser son action
pédagogique». Stéphane Jacquemet et al. ont
élaboré une grille d'observation du niveau
d'interactivité de cours destinés à des
patients atteints d'affections chroniques. Cette grille est
utilisée dans une visée formative.
L'interactivité est également au centre de la
vision constructiviste de l'apprentissage développée
par Colette Schoonbroodt et Arthur Gélinas. Dans cette
approche, «les interactions humaines sont considérées
comme autant d'occasions d'affirmation, de mise à
l'épreuve, de négociations contextuelles et
perpétuelles des visions du monde respectives des
partenaires : les individus qui interagissent co-construisent leur réalité». Le soignant-éducateur est là pour soutenir le patient dans son processus de gestion appropriative de sens de sa santé (et de sa maladie).
Un défi est donc lancé lorsqu'il s'agit de
maladie chronique : pour le patient, être acteur de sa vie
avec la maladie; pour le soignant, soigner, tout en laissant le
patient se soigner et vivre sa vie.
Anne Malice
Centre d'Education du patient
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